
Retraites : les positions des groupes parlementaires sur la suspension
Au 1er septembre 2026, le calendrier des retraites change de rythme
Dans quelques semaines, un salarié né en 1964 et un salarié né en 1965 ne partiront plus à la retraite dans les conditions prévues par la réforme de 2023. Le relèvement progressif de l'âge légal et de la durée d'assurance est suspendu jusqu'en janvier 2028, et cette suspension produit ses effets à compter du 1er septembre 2026 (ministère du Travail et des Solidarités, LFSS 2026 : les mesures phares).
Cette suspension n'a pas fait consensus au Parlement : elle a été adoptée par une majorité de circonstance, contre un Sénat qui l'a refusée, et avec des groupes de l'Assemblée nationale qui ont voté pour des raisons opposées. Le risque, en lisant l'actualité, est de confondre un vote favorable avec un accord de fond : plusieurs groupes ont soutenu le texte tout en le jugeant insuffisant, d'autres l'ont refusé en demandant davantage.
Cet article récapitule ce que dit précisément la loi, comment elle a été adoptée, quelles positions les différents groupes parlementaires ont défendues, et quelle échéance politique ce dispositif a créé pour 2027.
Ce que la loi prévoit exactement
La suspension ne revient pas sur la réforme de 2023 : elle en gèle le calendrier de montée en charge.
Le texte de référence reste la loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 de financement rectificative de la sécurité sociale pour 2023, publiée au Journal officiel du 15 avril 2023. Ses travaux préparatoires rappellent qu'elle a été considérée comme adoptée le 20 mars 2023 en application de l'article 49, alinéa 3, de la Constitution, avant d'être validée pour l'essentiel par la décision n° 2023-849 DC du 14 avril 2023 (Légifrance).
La suspension, elle, figure dans la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026, publiée au Journal officiel n° 0306 du 31 décembre 2025 (Légifrance).
| Paramètre | Contenu de la suspension |
|---|---|
| Portée | Calendrier de relèvement de l'âge légal et de la durée d'assurance |
| Durée | Jusqu'en janvier 2028 |
| Effet | À compter du 1er septembre 2026 |
| Générations visées | 1964 à 1968 |
| Gain individuel | Un trimestre de départ plus tôt qu'au calendrier initial |
Selon Touteleurope.eu (16 décembre 2025), les générations nées entre janvier 1964 et mars 1965 peuvent partir à 62 ans et 9 mois, avec 170 trimestres requis au lieu de 171.
Le financement de la mesure est assumé par deux leviers, décrits par le ministère du Travail et des Solidarités : une revalorisation moindre des pensions en 2027 et une contribution accrue des organismes complémentaires de santé. Ces deux contreparties expliquent une partie des oppositions au texte, y compris chez des parlementaires favorables au principe de la suspension.
Un parcours parlementaire heurté
Le déroulé du dossier législatif, publié par l'Assemblée nationale, montre un texte adopté sans accord entre les deux chambres.
| Étape | Date | Issue |
|---|---|---|
| Dépôt à l'Assemblée nationale | 14 octobre 2025 | — |
| Première lecture, Assemblée nationale | 4 novembre 2025 | Adopté |
| Première lecture, Sénat | 13 novembre 2025 | Adopté |
| Commission mixte paritaire | 26 novembre 2025 | Désaccord |
| Nouvelle lecture, Assemblée nationale | 2 décembre 2025 | Adopté |
| Nouvelle lecture, Sénat | 12 décembre 2025 | Rejeté |
| Lecture définitive, Assemblée nationale | 16 décembre 2025 | Adopté |
| Conseil constitutionnel | 30 décembre 2025 | Partiellement conforme (n° 2025-899 DC) |
| Promulgation | 30 décembre 2025 | Loi n° 2025-1403 |
L'échec de la commission mixte paritaire puis le rejet du texte par le Sénat en nouvelle lecture ont conduit le Gouvernement à demander à l'Assemblée nationale de statuer définitivement, mécanisme prévu par l'article 45 de la Constitution. Le dernier mot est donc revenu aux députés, qui ont adopté le texte le 16 décembre 2025 par 247 voix contre 232, selon Touteleurope.eu.
Pour comprendre pourquoi le Sénat n'a pas pu bloquer le texte, notre décryptage sur le rôle du Sénat dans la fabrique de la loi détaille l'asymétrie du dernier mot, et celui consacré à la commission mixte paritaire explique ce qui se joue à cette étape.
Les positions des groupes : trois lignes de fracture, pas deux
Le clivage ne s'est pas organisé entre partisans et adversaires de la suspension, mais entre trois logiques distinctes.
Première ligne : la suspension jugée insuffisante
Selon franceinfo, le groupe La France insoumise a voté contre la suspension, en défendant l'abrogation pure et simple de la réforme de 2023 plutôt qu'un gel temporaire. Le groupe communiste s'est abstenu, estimant que le dispositif ne constituait pas une véritable suspension. Ces deux positions négatives ne traduisent donc pas un attachement à la réforme de 2023, mais un désaccord sur l'ampleur de la mesure.
Deuxième ligne : la suspension comme acquis concret
Toujours selon franceinfo, le député socialiste Jérôme Guedj a défendu la mesure au motif qu'elle permettrait à environ 650 000 personnes de partir plus tôt en 2026 et 2027. Meilleurtaux Placement (14 décembre 2025) rapporte de son côté que le Rassemblement national et les socialistes se sont montrés favorables à la suspension, ce qui a permis son rétablissement à l'Assemblée nationale après le passage au Sénat.
Troisième ligne : le refus au nom de l'équilibre financier
Meilleurtaux Placement rapporte que la droite traditionnelle et les centristes s'y sont opposés, invoquant le risque de déséquilibre financier du système. Le groupe macroniste Ensemble pour la République s'est abstenu, en invoquant le compromis demandé par le Premier ministre Sébastien Lecornu, d'après franceinfo.
Cette configuration explique un résultat en apparence paradoxal : un texte adopté sans qu'aucune majorité idéologique cohérente ne le soutienne. Meilleurtaux Placement fait état d'un vote de 162 voix contre 75 lors du rétablissement de la suspension en nouvelle lecture, avant l'adoption définitive du 16 décembre.
Une échéance politique reportée à 2027, pas résolue
La suspension est bornée : elle court jusqu'en janvier 2028. Sans nouvelle intervention du législateur, le calendrier de relèvement de la réforme de 2023 reprend son cours à cette date.
Cette borne place la question dans le champ de la campagne présidentielle de 2027 et de la législature qui suivra. Le choix de suspendre plutôt que d'abroger ou de maintenir a donc déplacé l'arbitrage vers les électeurs, ce que les groupes qui ont voté contre ont précisément reproché au dispositif.
Le Premier ministre avait par ailleurs annoncé la tenue d'une conférence avec les partenaires sociaux sur le financement du système, selon franceinfo. À la date du 15 août 2026, aucun texte législatif issu de ces travaux n'a été identifié dans les publications du Journal officiel consultées pour cet article.
À retenir
La suspension du calendrier des retraites est en vigueur, produit ses effets au 1er septembre 2026 et s'arrête en janvier 2028. Elle a été adoptée par l'Assemblée nationale en lecture définitive, contre l'avis du Sénat, avec des groupes qui ont voté dans le même sens pour des motifs opposés et d'autres qui l'ont rejetée en demandant davantage.
Pour replacer ce texte dans l'ensemble du calendrier budgétaire, notre décryptage sur les grandes étapes de la loi de finances détaille les contraintes de délais qui pèsent sur ces discussions.
Sources
- Légifrance, LOI n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026, JORF n° 0306 du 31 décembre 2025 — https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053226384
- Légifrance, LOI n° 2023-270 du 14 avril 2023 de financement rectificative de la sécurité sociale pour 2023, JORF n° 0089 du 15 avril 2023 — https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000047445077
- Assemblée nationale, Dossier législatif — PLFSS 2026 (calendrier de navette et lecture définitive du 16 décembre 2025) — https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/dossiers/plfss_2026
- Ministère du Travail et des Solidarités, Loi de financement de la sécurité sociale 2026 : les mesures phares — https://solidarites.gouv.fr/loi-de-financement-de-la-securite-sociale-2026-les-mesures-phares
- Touteleurope.eu, L'Assemblée nationale donne son feu vert définitif au budget de la Sécurité sociale pour 2026, 16 décembre 2025 — https://www.touteleurope.eu/vie-politique-des-etats-membres/l-assemblee-nationale-donne-son-feu-vert-definitif-au-budget-de-la-securite-sociale-pour-2026-la-reforme-des-retraites-va-etre-suspendue/
- Meilleurtaux Placement, Les députés s'opposent au Sénat et maintiennent la suspension de la réforme des retraites, 14 décembre 2025 — https://placement.meilleurtaux.com/retraite/actualites/2025-decembre/deputes-opposent-senat-maintiennent-suspension-reforme-retraites.html
- franceinfo, Suspension de la réforme des retraites : quelles sont les positions des différents groupes politiques à l'Assemblée nationale ?, décembre 2025 — https://www.franceinfo.fr/economie/budget/suspension-de-la-reforme-des-retraites-quelles-sont-les-positions-des-differents-groupes-politiques-a-l-assemblee-nationale_7607369.html